On a tous déjà croisé ces fameuses palettes en bois abandonnées à côté d’un magasin de bricolage ou derrière un supermarché. Elles ont l’air fatigué, un peu bancales, mais elles cachent un potentiel incroyable : celui de devenir un bac de culture robuste, économique, et franchement canon sur un balcon ou dans un petit jardin urbain.
Dans mon propre jardin, ma première jardinière en palette a accueilli des salades qui n’avaient rien de timide, des fraisiers en mode colonisation et même quelques fleurs comestibles qui se prenaient pour des reines. Et tout ça, avec du bois que quelqu’un s’apprêtait à jeter.
Dans cet article, on va voir ensemble comment fabriquer une jardinière en palette, étape par étape, sans jargon inutile, avec des astuces pour qu’elle dure vraiment dans le temps… et sans transformer ton salon en atelier de menuiserie explosion.
Pourquoi utiliser une palette pour fabriquer une jardinière ?
Avant de sortir la scie, un mot sur le « pourquoi ». Une palette, ce n’est pas juste un bout de bois pratique et gratuit, c’est aussi :
- Un geste anti-gaspillage : on détourne un déchet potentiel pour le transformer en objet utile.
- Une économie bien réelle : les jardinières en magasin, surtout les grandes, peuvent coûter très cher.
- Un matériau déjà robuste : les palettes sont conçues pour supporter des charges lourdes.
- Une modularité géniale : on peut adapter la taille, la forme, la hauteur, selon l’espace et les plantes.
Et puis, il y a la satisfaction très particulière d’observer des tomates pousser dans un bac que tu as construit de tes mains. Une sorte de double récolte : légumes… et fierté.
Choisir la bonne palette : toutes ne se valent pas
Non, toutes les palettes ne sont pas des candidates idéales pour recevoir ta menthe et tes radis. Certaines ont transporté on ne sait quoi, ont été traitées avec des produits douteux ou sont tout simplement trop abîmées.
Voici quelques repères pour bien choisir :
- Privilégier les palettes marquées « HT » : cela signifie « Heat Treated » (traitée à la chaleur), donc sans traitement chimique. Tu trouveras souvent ce marquage sur un des côtés, avec d’autres inscriptions.
- Éviter les palettes marquées « MB » : elles ont été traitées au bromure de méthyle, un pesticide toxique. On ne veut pas ça près de nos légumes.
- Regarder l’état général : bois non pourri, non trop fissuré, sans clous tordus qui dépassent de partout.
- Privilégier les palettes Europe (EUR/EPAL) si possible
Si tu récupères ta palette dans la rue, inspecte-la comme un oiseau qui choisirait une branche : avec suspicion bienveillante.
Matériel et outils nécessaires
Pas besoin d’un atelier de menuisier. Avec quelques outils de base, tu peux t’en sortir très bien.
Pour la structure en bois :
- 1 palette en bon état (voire 2 si tu veux une grande jardinière ou ajouter des renforts)
- Vis à bois (préférer les vis plutôt que les clous pour la solidité)
- Éventuellement quelques tasseaux de bois pour renforcer les angles
Pour l’outillage :
- Scie (manuelle ou sauteuse, ou scie circulaire si tu es équipé·e)
- Perceuse-visseuse
- Papier de verre ou ponceuse
- Mètre, crayon, équerre
- Marteau et pince pour retirer les clous existants
- Gants de protection (les échardes, c’est folklorique seulement de loin)
Pour l’intérieur de la jardinière :
- Bâche géotextile ou toile de paillage (pour protéger le bois de l’humidité)
- Agrafes + agrafeuse murale
- Gravier ou billes d’argile (drainage)
- Terreau (idéalement bio) adapté à ce que tu veux planter
En option :
- Huile de lin, peinture ou lasure écologique pour protéger le bois
- Roulettes robustes si tu veux une jardinière mobile (pratique sur balcon)
Étape 1 : démonter ou découper la palette sans la massacrer
Deux grandes écoles s’opposent : ceux qui démontent entièrement la palette pour reconstruire à partir des planches, et ceux qui la coupent pour garder des modules déjà assemblés.
Pour un premier essai, je te conseille la méthode « modulaire », plus simple.
Option A : couper la palette
L’idée est de profiter des blocs déjà existants pour faire les côtés de la jardinière.
- Pose la palette à plat.
- Découpe-la en 3 parties dans le sens de la largeur, en coupant entre les blocs de bois. Tu obtiens trois sections : deux extrémités et un milieu.
- Les deux éléments extérieurs peuvent servir de faces avant et arrière, le milieu sera redécoupé pour faire les côtés.
Option B : démonter la palette
Si tu veux une liberté totale sur les dimensions :
- Arrache délicatement les planches avec un pied-de-biche ou un marteau + cale en bois.
- Retire les clous restants avec une pince.
- Trie les planches en fonction de leur longueur.
C’est plus long, plus sportif, mais parfait si tu as une idée précise du format final.
Étape 2 : définir les dimensions de ta jardinière
Avant de visser dans tous les sens, prends un instant pour te projeter. Où va vivre cette jardinière ? Balcon étroit ? Coins de terrasse ? Pied d’un mur ?
Quelques repères utiles :
- Profondeur minimale :
- Plantes aromatiques, salades : 20–25 cm
- Tomates, courgettes, petits arbustes : 30–40 cm
- Longueur : libre, mais au-delà de 1 m, pense à ajouter des renforts pour éviter que le bois ne travaille.
- Largeur : 30–40 cm est souvent un bon compromis pour un balcon ou une petite terrasse.
Une bonne technique : poser à blanc les éléments de palette devant l’emplacement prévu, comme un puzzle. Tu visualises le volume, tu ajustes avant de percer le moindre trou.
Étape 3 : assembler la structure du bac
On passe à l’ossature. Respire, ce n’est pas un examen de charpente.
Si tu as découpé la palette en modules :
- Prends les deux grandes sections (avant et arrière). Elles seront les faces longues.
- Découpe le morceau central pour obtenir deux panneaux de la largeur voulue pour les côtés.
- Positionne les quatre côtés ensemble pour former un rectangle.
- Visse les éléments entre eux (de l’intérieur si possible, pour un rendu plus propre).
Si tu as démonté la palette :
- Construis d’abord un cadre de base avec 4 planches (un rectangle).
- Ajoute d’autres planches au-dessus si tu veux plus de hauteur (comme des étages de Lego).
- Fixe des tasseaux verticaux dans les angles à l’intérieur pour renforcer l’ensemble.
Ajouter le fond du bac :
- Retourne ta jardinière.
- Fixe des planches sur le dessous, côte à côte, en laissant éventuellement de légers espaces de 0,5 cm entre elles pour que l’eau puisse s’écouler (on reviendra dessus avec la bâche).
- Assure-toi que le fond soit suffisamment solide pour supporter le poids du terreau humide.
À ce stade, tu dois avoir un bac fermé sur les quatre côtés, avec un fond en bois. Une sorte de coffre sans couvercle, prêt à devenir mini-éco-système.
Étape 4 : ponçage et protection du bois
Les palettes ne sont pas connues pour leur douceur soyeuse. Un petit ponçage ne fait jamais de mal, surtout si des petites mains d’enfants traînent souvent autour.
Poncer :
- Utilise du papier de verre moyen, puis fin.
- Insiste sur les arêtes, les zones éclatées, les coins.
- Souffle ou brosse la poussière de bois.
Protéger le bois (surtout pour l’extérieur) :
- Applique une couche d’huile de lin (pure ou légèrement diluée avec un peu d’essence de térébenthine naturelle).
- Tu peux aussi utiliser une lasure ou peinture extérieure écologique, surtout si tu veux une touche de couleur.
- Évite les produits contenant des solvants agressifs ou des biocides si tu comptes y faire pousser des plantes comestibles.
Laisse sécher le temps indiqué. Oui, c’est tentant de passer à la suite tout de suite, mais un bois bien préparé, c’est quelques années de gagnées.
Étape 5 : installer la bâche et le drainage
Un bac qui stagne dans l’eau, c’est un peu comme des bottes en caoutchouc trouées : ça finit toujours mal. Il faut donc à la fois protéger le bois de l’humidité et permettre à l’eau de s’évacuer.
Mettre la bâche géotextile :
- Découpe un morceau de bâche plus grand que la surface intérieure du bac.
- Place-la à l’intérieur, en la faisant remonter sur les parois.
- Agrafe-la sur les bords supérieurs, tout autour.
- Veille à éviter les plis trop marqués où l’eau pourrait s’accumuler.
Le géotextile laisse passer l’eau, mais retient la terre. Si tu utilises plutôt une bâche plastique, pense à percer plusieurs trous au fond, à l’endroit des planches espacées.
Créer une couche de drainage :
- Ajoute au fond 3–5 cm de gravier, cailloux, ou billes d’argile.
- Égalise grossièrement à la main.
Cette couche évite que les racines ne baignent dans l’eau en permanence. Les tomates t’enverront des cartes postales de remerciement.
Étape 6 : remplir de terreau… mais pas n’importe comment
La jardinière est prête, mais sans un bon substrat, elle restera un simple décor en bois.
Choisir le bon mélange :
- Pour des légumes : un terreau potager ou universel de bonne qualité, si possible bio.
- Pour des aromatiques méditerranéennes (thym, romarin, lavande) : mélange terreau + un peu de sable pour alléger le sol.
- Pour des fleurs : un bon terreau universel, enrichi de compost mûr si tu en as.
Évite la terre de jardin pure, surtout si elle est argileuse : elle se compacte vite en bac et les plantes peinent à respirer.
Remplir en couches, façon lasagnes :
- Par-dessus le drainage, tu peux ajouter une première couche de matières organiques grossières (petites branches, feuilles mortes, tonte sèche) si ton bac est très profond.
- Complète avec le terreau jusqu’à 2–3 cm du bord.
- Tasse légèrement avec les mains (sans compacter comme une brique).
Arrose une première fois pour aider le terreau à se mettre en place, puis complète si le niveau descend trop.
Quoi planter dans une jardinière en palette ?
Maintenant que le « vaisseau » est prêt, il faut choisir l’équipage. La palette se prête à pas mal de cultures, surtout si la profondeur est raisonnable.
Idées pour une jardinière gourmande :
- Mélange de salades (laitues, mizuna, roquette)
- Radis, surtout au printemps et à l’automne
- Quelques pieds de fraisiers sur le bord
- Des fleurs comestibles : capucines, soucis, bourrache
Version aromatiques :
- Ciboulette, persil, basilic (au soleil mais pas brûlant)
- Thym, origan, romarin (un peu plus « secs »)
- Menthe (à contenir, elle coloniserait volontiers toute la palette)
Mini-potager pour balcon :
- 1 petit pied de tomate cerise (tuteur indispensable)
- Quelques pieds de haricots nains
- Des fleurs mellifères pour les pollinisateurs : phacélie, cosmos, bleuets
L’astuce : marier des plantes avec des racines de profondeur différente pour exploiter tout le volume sans les mettre en concurrence directe.
Entretenir sa jardinière palette dans le temps
Une fois installée, la jardinière demande un peu d’attention, mais rien d’insurmontable. C’est plutôt un compagnonnage quotidien qu’un travail à la chaîne.
Arrosage :
- Les bacs sèchent plus vite que la pleine terre.
- Vérifie la terre en enfonçant un doigt à 3–4 cm : si c’est sec, arrose.
- Privilégie un arrosage copieux moins fréquent plutôt qu’un petit goutte-à-goutte quotidien (sauf en plein été caniculaire).
Nourrir le sol :
- Ajoute un peu de compost en surface au printemps.
- Tu peux aussi utiliser des engrais organiques doux (fumier composté, engrais liquide à base de plantes).
Prolonger la durée de vie du bois :
- Si possible, surélève légèrement la jardinière (briques, cales) pour éviter le contact direct permanent avec un sol humide.
- Repasse une couche d’huile de lin ou de lasure écologique tous les 1–2 ans.
- Surveille les zones en contact avec l’eau : si une planche fatigue, tu peux la remplacer sans tout démonter.
Personnaliser ta jardinière palette
La beauté du bricolage à partir de palettes, c’est que rien n’est vraiment figé. Tu peux ajouter des touches personnelles au fil des saisons.
- Peinture : un côté peint en couleur vive, un autre laissé brut pour un effet mi-urbain, mi-rustique.
- Poignées : pour déplacer plus facilement de petites jardinières.
- Roulettes : très utiles si tu dois suivre le soleil sur un balcon.
- Étiquettes maison : en petits morceaux de bois, en ardoise, ou avec des bouchons de bouteilles recyclés, pour noter le nom des plantes.
- Hôtel à insectes intégré : une extrémité dédiée à quelques tiges creuses, pommes de pin et morceaux de bois percés, pour accueillir les auxiliaires.
Et si tu as des enfants dans les parages, laisse-leur un pan de la jardinière pour expérimenter : ils planteront de travers, arroseront trop, mais apprendront à observer le vivant de très près.
Une petite révolution à l’échelle d’une palette
Transformer une palette abandonnée en bac de culture, ce n’est pas seulement un tuto de bricolage de plus. C’est un geste qui, à son échelle, raconte une autre façon d’habiter le monde : récupérer au lieu de jeter, cultiver au lieu d’acheter systématiquement, observer au lieu de consommer.
Dans mon jardin urbain, mes jardinières en palette ne sont pas parfaites : elles ont des défauts, quelques vis apparentes, des zones plus sombres où la pluie a insisté. Mais elles bruissent de vie : vers de terre dans le terreau, abeilles sur les fleurs de basilic, merles trop contents de venir fouiller après un arrosage.
Si tu te lances, tu verras vite que ce bac en bois recyclé devient plus qu’un simple contenant : c’est une petite scène de théâtre où plantes, insectes, pluie, soleil et humains improvisent ensemble, saison après saison.
Alors, la prochaine fois que tu croises une palette abandonnée… tu la regarderas peut-être autrement.