Pourquoi votre bac à compost est plus qu’une poubelle de cuisine
Dans mon petit jardin urbain, coincé entre un mur en parpaings et un rosier un peu susceptible, trône un bac à compost. Il ne paie pas de mine, mais c’est sans doute le coin le plus vivant du jardin. Ça grouille, ça chauffe, ça fume parfois un peu, ça sent la forêt après la pluie. Et tout ça, à partir… de vos restes de cuisine.
Mais attention : un compost réussi n’est pas un simple fourre-tout. C’est une recette. Et comme toute bonne recette, si vous mettez trop de sel, pas assez d’eau ou que vous oubliez la cuisson, le résultat peut vite tourner à la catastrophe aromatique.
Alors, quels aliments mettre dans votre bac à compost pour obtenir un compost riche, équilibré, sans odeurs pestilentielles ni invasion de moucherons ? Et lesquels garder loin, très loin de ce petit écosystème ?
Comprendre le compost : une histoire de « verts » et de « bruns »
Avant de parler d’aliments, parlons équilibre. Un compost n’est pas une poubelle magique, c’est une usine vivante. À l’intérieur, des bactéries, champignons, insectes, cloportes, vers et autres petites bêtes transforment vos déchets en humus. Pour qu’ils fassent bien leur travail, il leur faut :
- des matières riches en azote : les « verts » (souvent humides, mous, qui pourrissent vite)
- des matières riches en carbone : les « bruns » (secs, fibreux, qui se décomposent lentement)
Les aliments de cuisine appartiennent presque tous à la catégorie « verts ». Si vous ne mettez que ça, vous obtenez… une sorte de purée odorante qui attire les moucherons. L’idée, c’est donc de penser : chaque seau de cuisine = au moins autant de « bruns » par-dessus.
Les aliments de cuisine qui adorent le compost
Bonne nouvelle : la grande majorité de vos restes végétaux de cuisine peuvent aller au compost. Voici ceux que votre bac va vraiment apprécier.
Les stars : fruits et légumes
Tout ce qui est végétal et brut, ou peu transformé, est quasiment un candidat idéal :
- Épluchures de légumes : carottes, pommes de terre, courgettes, betteraves, poireaux, oignons (en petites quantités pour ces derniers), navets, etc.
- Restes de légumes cuits : sans sauce grasse ni crème à profusion. Un fond de ratatouille oui, un gratin noyé de fromage, non.
- Fruits abîmés : pommes fripées, bananes trop noires, fraises moisies, poires explosées dans le sac de courses… Votre compost n’est pas difficile.
- Épluchures de fruits : pommes, poires, bananes (découpées en morceaux, elles se décomposent plus vite), agrumes (en petites quantités), kiwis, mangues, melons, etc.
- Trognons, queues, cœurs : trognons de pommes, cœurs de salades, pieds de brocoli, feuilles extérieures de choux…
Astuce de jardin : les peaux de bananes, c’est quasiment du booster à rosiers une fois compostées. Elles apportent du potassium, utile pour la floraison. Dans mon jardin, c’est presque une monnaie d’échange : peaux de banane contre roses généreuses.
Café, thé et compagnie
Votre bac à compost adore quand vous buvez du café :
- Marcs de café : riches en azote, ils nourrissent les micro-organismes. À étaler plutôt qu’à tasser en bloc, pour éviter les couches compactes.
- Filtres en papier : compostables s’ils ne sont pas blanchis avec des produits douteux (la plupart des filtres bruns vont très bien).
- Sachets de thé : uniquement si le sachet est en papier ou fibres végétales, sans agrafe métallique. Beaucoup de sachets modernes contiennent du plastique, méfiance.
- Feuilles de thé en vrac : parfaites, elles.
Coquilles d’œufs : les alliées discrètes
Les coquilles d’œufs sont les petites timides du compost : elles mettent du temps à se décomposer, mais elles enrichissent le compost en calcium.
- Écrasez-les grossièrement avant de les ajouter, pour accélérer leur intégration.
- Elles peuvent aussi aider à tamponner une acidité un peu excessive du compost.
Restes céréaliers : pains, pâtes, riz (avec modération)
On peut les composter, mais ce sont des aliments très attirants pour les rongeurs et qui fermentent vite.
- Pain sec : en petits morceaux, enfouis au centre du bac et pas en surface.
- Riz, pâtes, semoule cuits : en petites quantités seulement, bien mélangés à d’autres matières.
- Évitez ceux qui sont couverts de sauce, graisse ou fromage.
Chez moi, le pain sec finit d’abord en croûtons, en chapelure… et ce qui échappe à la cuisine va au compost. L’idée : d’abord anti-gaspi, ensuite compost.
Les aliments à manier avec prudence
Certains déchets de cuisine peuvent aller au compost, mais demandent un peu de diplomatie, surtout dans un petit jardin urbain.
Agrumes : pas trop d’un coup
Épluchures d’orange, citron, pamplemousse… peuvent être compostées, mais :
- en petites quantités, surtout si votre compost est petit
- découpées en morceaux pour se décomposer plus vite
- bien mélangées, pas en couche isolée
Un seau complet de peaux d’oranges par semaine dans un bac minuscule, c’est un peu comme envoyer une équipe de démolition dans un salon de thé : l’équilibre microbien n’apprécie pas trop.
Oignons, ail, échalotes
Ils sont compostables, mais en quantité modérée :
- leurs composés soufrés peuvent déranger un peu la faune du compost s’ils sont en excès
- privilégiez les épluchures plutôt que des gros restes entiers
Plats cuisinés : seulement très simples
Un reste de poêlée de légumes, sans huile dégoulinante, peut aller au compost. En revanche :
- évitez les plats très gras, très salés ou très sucrés
- pas de sauces lourdes (crème, fromage fondu, fritures, beignets…)
Souvenez-vous : plus c’est transformé, plus ça fermente, attire les nuisibles, et déséquilibre votre bac.
Les aliments à bannir de votre compost de jardin
Certains déchets de cuisine semblent « naturels », mais ne font pas bon ménage avec un compost domestique classique.
Viande, poisson et produits laitiers
- Viandes crues ou cuites : attirent les rats, dégagent rapidement de mauvaises odeurs.
- Poissons : mêmes problèmes, en pire côté odeur.
- Fromages, laitages, yaourts, crème : trop gras, trop fermentescibles.
Ces aliments demandent des systèmes de compostage spécifiques (type compostage industriel, ou méthanisation), pas un bac classique dans un jardin partagé.
Huiles, graisses et sauces lourdes
Les matières grasses perturbent l’aération du compost, enrobent les déchets et étouffent les micro-organismes.
- Pas d’huiles de friture.
- Pas de restes de mayonnaise, sauces très grasses, fond de poêle dégoulinant.
Os et arêtes
Ils se décomposent très, très lentement, et présentent les mêmes inconvénients que la viande côté nuisibles. À éviter dans un compost domestique.
Gros restes de nourriture très transformée
Tartes, pizzas, gâteaux, plats tout préparés, charcuterie… Ce genre de restes :
- contient un mélange de graisses, sel, additifs
- se décompose mal et attire animaux et insectes indésirables
Mieux vaut réduire ce type de restes à la source… que de se demander quoi en faire après.
Le secret d’un compost « parfait » : l’équilibre des apports
Maintenant que vous savez quoi mettre ou éviter, reste la question clé : comment obtenir un compost ni trop mouillé, ni trop sec, ni malodorant ?
Règle d’or : chaque seau de cuisine = une couche de « bruns »
À chaque fois que vous ajoutez des déchets alimentaires (verts), pensez à ajouter au moins autant de matières sèches (bruns). Par exemple :
- épluchures de légumes + une bonne poignée de feuilles mortes
- restes de fruits + carton brun déchiqueté (sans encre brillante)
- marc de café + broyat de branches, paille, petits morceaux de carton d’œuf
Concrètement, dans mon jardin, j’ai toujours à côté du bac un sac de feuilles mortes et un carton plein de petits morceaux de papier kraft. Mon compost mange des épluchures, mais il « boit » des feuilles.
Observer l’humidité : ni désert, ni marécage
Un bon compost doit être humide comme une éponge essorée :
- trop humide : ça colle, ça sent mauvais, ça tourne à la bouillie
- trop sec : plus rien ne se passe, la décomposition ralentit ou s’arrête
Si votre compost est :
- trop mouillé : ajoutez de la matière sèche (brun), aérez en mélangeant
- trop sec : ajoutez plus de déchets de cuisine, ou un peu d’eau si besoin
Mélanger régulièrement : le geste que tout change
Un compost parfait n’est pas un millefeuille figé. Les micro-organismes ont besoin d’oxygène :
- brassez le compost tous les 15 jours à 3 semaines avec une fourche ou un aérateur
- ramenez ce qui est sur les bords vers le centre, et inversement
Oui, on peut voir ça comme une séance de sport douce. Le compost, lui, vous renvoie l’ascenseur en nourrissant vos plantes.
Petits signaux d’alerte et solutions
Votre compost parle. Pas à mots, mais par ses odeurs, sa texture, sa population. Quelques cas fréquents :
Ça sent mauvais (vraiment mauvais)
Si l’odeur évoque davantage la poubelle un 15 août que la forêt humide :
- vous avez sans doute trop de déchets de cuisine, pas assez de bruns
- ajoutez des matières sèches (feuilles, carton, sciure non traitée)
- brassez le tout pour aérer
Invasion de moucherons
Les moucherons adorent les couches de fruits en surface.
- enterrez légèrement vos déchets de cuisine sous une couche de bruns
- évitez de laisser des fruits très sucrés apparents
Des petits rongeurs rôdent autour
Ce n’est pas un fan-club, c’est un reproche silencieux :
- vous avez sans doute mis du pain, des restes de plats ou de la viande
- retirez ce que vous pouvez, recouvrez de bruns, ne recommencez pas
- si possible, utilisez un bac fermé, posé sur un sol non accessible par dessous
Et après ? Que faire de ce compost si chèrement fabriqué
Après quelques mois (6 à 12 selon les conditions), votre compost doit ressembler à :
- une matière sombre, grumeleuse
- qui sent bon la terre de sous-bois
- où l’on ne reconnaît presque plus les déchets d’origine
Vous pouvez alors :
- l’incorporer au sol de vos massifs, potager, par petites pelletées
- le mélanger à du terreau pour vos pots
- l’utiliser comme paillage grossier autour des plantes gourmandes
Dans mon jardin, c’est toujours un petit moment de fierté : ce compost, c’est l’histoire de tous les repas passés, transformée en promesse de floraisons et de récoltes futures.
Transformer la poubelle en ressource
Mettre les bons aliments au bon endroit, ce n’est pas seulement une astuce pour avoir de belles tomates. C’est aussi une façon très concrète de réduire ses déchets, d’alléger la benne d’ordures ménagères, de boucler un petit cycle naturel… chez soi.
Chaque épluchure que vous détournez de la poubelle pour la confier à votre bac à compost devient un fragment de futur sol vivant. Et au passage, vous découvrez que la nature, même coincée entre deux murs et trois pots de menthe, a une incroyable capacité à faire du beau avec nos restes.
Alors, la prochaine fois que vous épluchez des carottes ou pressez des oranges, posez-vous la question : est-ce que ça va vraiment à la poubelle… ou est-ce que ça a rendez-vous avec la petite fabrique d’humus au fond du jardin ?